World news – « Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait », « Africa mia »… Les films à voir (ou pas) cette semaine

Drame sentimental français, par Emmanuel Mouret, avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne, Emilie Dequenne (2h02).

Et soudain Emmanuel Mouret, le Marivaux aux petits pieds, le Truffaut étriqué, égale ses maîtres ! Ce film est son magnum opus. Mieux que ça : son art du badinage amoureux y acquiert une finesse, une ampleur, un relief tels qu’il devrait séduire les plus réfractaires à ses habituels jeux de l’amour et du désir. Même sa mise en scène, d’ordinaire fadasse, y est élégante, et son recours aux standards de la musique classique, inspiré. Comme toujours, il est question d’hommes et de femmes qui se parlent et se séduisent, c’est un enchevêtrement de récits courtois. Aspirant écrivain, Maxime (Niels Schneider) rend visite à son cousin François (Vincent Macaigne) dans sa maison du Vaucluse et y trouve sa compagne, Daphné (Camélia Jordana), seule et enceinte. En attendant le retour de l’absent, Maxime et Daphné s’épanchent sur leur passé sentimental.

Les histoires manquées que l’on idéalise, celles que l’on vit et que nargue le quotidien, celles que l’on construit sans la passion : Mouret nous entraîne dans une ronde vertigineuse d’amours et d’attirances contrariées entre gens qui se veulent du bien. De leur bravoure et de leurs faiblesses, il tire le suc romanesque de son film, quand ce n’est pas le destin qui s’en mêle. Car l’inconstance est douce, et l’empathie du cœur n’empêche pas la cruauté des actes. Le refrain n’est pas neuf, il sonne comme au premier jour et invite à repenser le couple, revivifié par des acteurs au diapason que l’on n’attendait pas là, dont Camélia Jordana, Vincent Macaigne et Emilie Dequenne en état de grâce.

Institutrice, Antoinette Lapouge est aussi la maîtresse d’un parent d’élève. Celui-ci l’ayant plantée la veille des grandes vacances pour une randonnée en famille, Antoinette part à ses trousses sur un coup de tête, direction les Cévennes. Caroline Vignal, dont c’est le deuxième film en vingt ans, emmène cet argument de boulevard sur le chemin de Stevenson et signe un drolatique western cévenol sur une poor lonesome Parisienne perdue chez les néoruraux.

Il y a du Bruno Podalydès dans cette réjouissante comédie buissonnière, qui donne envie de se mettre au vert et offre enfin un premier rôle à Laure Calamy, celui d’une Calamity Jane amoureuse d’un homme bâté (impeccable Benjamin Lavernhe) et affublée d’une bourrique prénommée Patrick. Elle déplace des montagnes de tragi-comique et vous fera même croire en l’âne-sœur.

Comment les deux réalisateurs ont-ils réussi à capter l’extraordinaire beauté de ces images, de ces paysages, de ces gestes séculaires ? Ils suivent la vie de Hatidze, vieille femme qui récolte le miel dans les montagnes de Macédoine, selon un procédé traditionnel. Elle laisse la moitié de la récolte aux abeilles, dans des falaises déchiquetées, hors du temps. Entre le souvenir de l’Empire ottoman et l’oubli du monde moderne, voici les jours et les travaux d’une femme qui transmet un savoir ancien et communie avec les butineuses. Pas d’eau, pas d’électricité, juste la nature. Ce film poétique a été primé à Sundance.

En 1964, dix musiciens maliens sont invités par Cuba. Ils vont former le groupe des Maravillas, et mixent les rythmes caribéens et les sonorités africaines. Quatre ans plus tard, les événements politiques font exploser la famille, et, entre exil et oubli, les Maravillas disparaissent. En 1999, un jeune producteur français les redécouvre et, pendant quinze ans, rêve de rassembler les artistes. Il n’y parviendra pas, mais, en 2016, avec Boncana Maïga, le dernier survivant, il retracera une odyssée extraordinaire… De Bamako à La Havane, avec l’aide de Salif Keïta, chanteur malien, de Cheick Tidiane Seck, musicien du Super Rail Band, de la veuve du pianiste du groupe, les deux réalisateurs font revivre un magnifique moment de la World Music, sur fond de bouleversements historiques.

Comédie française, par Antoine de Maximy, avec Antoine de Maximy, Alice Pol et Max Boublil (1h36).

Fier du succès de sa série documentaire « J’irai dormir chez vous », Antoine de Maximy signe sa première fiction. Elle colle de très près au programme qui a assuré sa notoriété. Parti dans les Carpates, Antoine a disparu. Depuis Paris, sa fidèle monteuse (Alice Pol, toujours aussi pétulante) monte les images qu’il a eu le temps de lui envoyer, espérant découvrir ce qui est arrivé au globe-trotter. Dès le départ, cette construction tue dans l’œuf toute idée de rythme. Des allers et retours mis bout à bout remplissent laborieusement l’espace et le temps d’un long-métrage où les clichés (autochtones inquiétants, bouffe peu ragoûtante et adorateurs de Dracula) se bousculent. Un conseil : allez dormir ailleurs.

Les traditions, la littérature et quelques phobies persistantes les ont relégués au rang des animaux indésirables. La cinéaste Hélène Ducrocq réhabilite donc, à travers quatre histoires courtes, le loup, les chauves-souris, les araignées et les vers de terre, vedettes d’un finale musical déjanté. Des contes à la morale bienvenue sur notre rapport à la nature, où l’animation (papier découpé, ombres chinoises) et le choix des couleurs, du noir et blanc à des gammes plus psychédéliques, jouent un rôle narratif toujours pertinent. Seul regret : c’est un peu court.

Violon à la main, Gheorghe parcourt chaque jour les rues de son village. A ses côtés, son épouse, à laquelle il voue la même affection qu’à son instrument. Un documentaire en forme de chronique romanesque du quotidien. Filmant en Scope, en léger ralenti et en noir et blanc, la cinéaste délaisse le pittoresque pour capter un pays que son héros n’a pas vu changer. Et dont les réflexes, acquis au temps du communisme, ne trouvent plus leur place dans une Roumanie consumériste. Une réflexion sociale, sociologique, poétique et mélancolique.

Drame noir américain, par Antonio Campos, avec Tom Holland, Robert Pattinson, Haley Bennett (2h18). Sur Netflix à partir du 16 octobre.

Le livre de Donald Ray Pollock (2011) était terrible, le film d’Antonio Campos ne l’est pas moins. L’histoire de ce pasteur maléfique qui croise le chemin d’un couple d’assassins et d’un shérif véreux est d’une violence rare : dans cette bourgade de l’Ohio, les passions sont extrêmes, le Mal profondément enraciné, et la corruption des âmes est totale. Ce qui pourrait être un film d’horreur banal prend une ampleur inattendue grâce à l’usage de la voix off (avec un beau texte), qui commente, de façon simple, des évènements imposés par un destin sombre. C’est du polar Deep America, avec des personnages imprégnés de religion, des rednecks qui vénèrent leurs armes et leur « liberté ». Antonio Campos (« Christine », « Simon Killer ») offre à Robert Pattinson et à Jason Clarke des rôles d’affreux, que les deux acteurs se font un plaisir d’endosser. Un poil long, mais du sacré bon cinéma.

La petite fille des Baxter (Donald Sutherland et Julie Christie) se noie en jouant près d’un étang. Plus tard, le couple, expatrié à Venise où monsieur travaille à la restauration d’églises, semble avoir survécu au deuil. Mais le souvenir du drame revient les hanter tandis que des cadavres émergent des eaux vénitiennes. Cauchemar, réminiscence ou prémonition ? Adapté de Daphné du Maurier, « Ne vous retournez pas » nous plonge, avec ses personnages, dans un dédale de signes morbides et d’indices mystiques qui emprunte au giallo et préfigure le cinéma de David Lynch. Quel autre film raconte l’intimité (la légende dit que la scène d’amour entre les deux stars n’est pas simulée) et la douleur de deux êtres (dés)unis par la perte d’un enfant tout en fichant à ce point les chocottes ? Aucun.

Source: https://www.nouvelobs.com/cinema/20200916.OBS33377/les-choses-qu-on-dit-les-choses-qu-on-fait-africa-mia-les-films-a-voir-ou-pas-cette-semaine.html

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